Décarbonation N°2

#1 - La décarbonation de l'économie passera également par celle de l'industrie

05.05.22

L'industrie représente une part significative des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES)
 

Emissions-de-gaz-effet-serre
Source : World Resources Institute, Citepa - Infographie Crédit Agricole

L'industrie est à la source de 31% des émissions mondiales de GES selon les données de World Ressources Institute. L'ensemble « Mines, métaux et minéraux » représente à lui seul environ 11% des émissions mondiales de GES dont près de 6% pour la production d'acier. Les autres grands secteurs industriels émetteurs sont la chimie (environ 6%) et le ciment (environ 3%). C'est dire si ces trois secteurs font l'objet de nombreuses attentions.

En France, selon le CITEPA (1), la contribution de l'industrie manufacturière et de la construction aux émissions de GES nationales est tombée de 28% en 1990 à 19,5% en 2019. Nous pouvons lier en grande partie cette baisse à l'amélioration environnementale des procédés et à l'efficience énergétique générale de l'industrie, dans un contexte où, sur longue période, la contribution de l'industrie au PIB a globalement diminué.

Ces émissions peuvent être de nature énergétique, mais aussi liées à des procédés industriels

Dans ce webzine, nous nous attacherons à traiter ces deux aspects et à identifier les voies et enjeux qui permettraient de réduire ces émissions de GES. D'une part, au travers des perspectives de décarbonation dans les secteurs miniers, de la sidérurgie et du ciment, mais aussi, de façon plus transverse, avec la contribution à la décarbonation de l'industrie des différents types d'hydrogène (2) et de la capture / stockage du carbone. Par-delà ces perspectives, l'ensemble des secteurs industriels bénéficiera de la réduction des consommations énergétiques, de la substitution des énergies fossiles par de l'électricité ou d'autres sources d'énergie, de la mise en œuvre des principes d'économie circulaire (3) , et du développement de matériaux bas-carbone.

Notre analyse ne se limite pas à l'examen des procédés industriels propre à chaque activité. La réduction des émissions de GES peut aussi bénéficier de la transformation numérique des entreprises. D'autres outils, comme la prise en compte d'un coût pour le carbone (4) ou le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières proposé par la Commission européenne, ont également pour objectif de diminuer les émissions de GES. Enfin, pour les entreprises, l'adaptation passera par une profonde transformation de l'outil industriel, avec des investissements et un repositionnement probable sur des activités moins émettrices.

Pour les entreprises industrielles, un des principaux enjeux est ainsi de s'engager dès à présent dans la décarbonation de leurs activités

Avec une réduction de 55% des émissions de GES en 2030 par rapport à 1990 et une neutralité climatique en 2050, les objectifs assignés aux pays de l'Union européenne sont particulièrement ambitieux et cette transition vers une industrie bas-carbone s'inscrira dans la durée.

Mais au-delà des actions déjà engagées sur la base notamment de technologies existantes, il s'agit aussi, sur le principe, que les innovations en cours de développement à même de contribuer à la décarbonation de l'industrie soient validées à l'horizon 2030 pour qu'elles puissent se déployer entre 2030 et 2050, compte tenu du temps nécessaire à la mutation des appareils industriels (souvent 15-20 ans, voire davantage pour certains secteurs).

Principe-de-mise-en-oeuvre-innovation
Source : Infographie Crédit Agricole

Pourquoi une durée aussi longue ? D'abord parce qu'il va falloir valider ces innovations industrielles, mais aussi parce que les investissements à réaliser seront souvent très élevés. Les exemples cités dans l'article sur le secteur de l'acier en sont une parfaite illustration. Ensuite, parce que ces industries exploitent actuellement des outils industriels sur lesquels elles ont investi, et dont l'amortissement se fait sur une durée nécessairement longue. Le choix de rénover ou mettre au rebut de telles installations n'est donc pas anodin en matière financière.

Face à des clients, industriels ou consommateurs plus exigeants, les entreprises n'ont pour autant d'autre choix que celui d'investir, pour s'adapter à la demande, pour des raisons réglementaires en adaptant leur outil industriel aux nouvelles normes ou réglementations environnementales, pour des problématiques de coûts en raison d'un prix du carbone qui pourrait ou devrait croître (5). Pour toutes ces raisons et aussi parce que nombre d'entreprises ont pris des engagements, la rénovation de l'outil industriel est la meilleure option possible. En quelque sorte, il n'y aura pas de repos dans l'adaptation de l'outil industriel !

Certes, ne pas rénover son outil industriel pourrait être une option tentante. Mais pour l'industriel qui ferait ce choix, le risque serait alors de voir ses actifs industriels perdre de la valeur (6), diminuant d'autant la valeur d'entreprise, en raison du risque de ne plus pouvoir générer des cash flows suffisants à l'avenir.

Aujourd'hui, les initiatives foisonnent pour s'engager dans la voie de la décarbonation

Ces initiatives ne manquent pas. On peut citer les plans de relance, européens ou français (dont une part importante est dévolue à la transition écologique), les appels à projets visant à faire émerger des technologies moins carbonées ou à mettre en œuvre des outils industriels sobres en carbone, les feuilles de route de filières industrielles (chimie, mines et métallurgie, ciment) ou encore les pactes sectoriels engageant les parties prenantes (entreprises, administrations), au niveau français comme au niveau européen. Toutes les entreprises sont concernées : de la start-up aux grands groupes.

Le temps est en quelque sorte compté. Avec les articles qui suivent, nous souhaitons vous apporter un aperçu des enjeux et perspectives de la décarbonation de l'industrie, en nous focalisant sur quelques secteurs et thématiques clés.

notes :
(1) « Association loi 1901 sans but lucratif et opérateur d'État pour le compte du ministère de la Transition Écologique et Solidaire, le Citepa contribue à lutter contre la pollution atmosphérique et le changement climatique, par le calcul, l'interprétation et la communication de données d'émissions fiables à l'attention de décideurs et de spécialistes, en France et à l'étranger. »
(2) Ses « couleurs »
(3) Éco-conception, matières premières issues du recyclage, déchets utilisés comme ressources, etc.
(4) Quotas carbone, fiscalité, signal de prix, etc.
(5) En raison d'un signal de prix qui incite à ces investissements (cf. article sur le coût du carbone)
(6) Ce que l'on appelle des « stranded assets », littéralement des « actifs échoués »